Cuir et laque urushi
20 x 15 x 30 (h) cm
2026
Dans Lovely Knot, Wei Nan transforme le cuir en une forme nouée et déployée, dont les plis conservent l’apparence d’une matière souple malgré la rigidité de la sculpture. Le rouge profond de l’urushi, animé par une surface brillante, souligne les tensions, les courbes et les replis qui structurent l’œuvre. Entre nœud, enveloppe et éclosion, la sculpture semble saisir la matière au moment même où elle se contracte et s’ouvre.
Wei Nan (née en 1994, Chine)
Née en 1994 à Beijing, Wei Nan est une artiste chinoise formée pendant huit ans au Japon aux techniques de la laque. Après des études consacrées à la laque et au bois à Saga, sur l’île de Kyushu, elle poursuit ses recherches à la Kyoto City University of Arts, où elle obtient un doctorat en laque. Elle vit et travaille aujourd’hui à Kyoto.
Wei Nan a choisi un support encore rare dans la création contemporaine en urushi : le cuir. Son travail s’appuie notamment sur le shippi, une technique ancienne apparue au Japon durant la période Asuka, dont elle renouvelle les possibilités plastiques. Le cuir est d’abord étiré et mis en forme sur un moule, puis progressivement rigidifié par l’application successive de plusieurs couches de laque. La structure est ensuite renforcée par une toile de lin avant de recevoir de nouvelles couches d’urushi, qui lui apportent résistance, épaisseur et profondeur.
Le choix du cuir est déterminant dans la construction de ses œuvres. Là où le bois impose la résistance de la matière, la direction de la fibre et une logique de taille, le cuir offre une élasticité qui permet à Wei Nan d’explorer des courbures, des plis, des torsions et des déploiements plus libres. L’urushi ne vient donc pas simplement recouvrir la matière : appliqué strate après strate, il la transforme et la rigidifie progressivement, fixant dans la forme définitive la tension initiale du cuir.
Son vocabulaire formel puise dans l’observation de la nature et de ses mouvements. L’épanouissement d’une fleur, l’ondulation d’une vague ou le souffle du vent deviennent le point de départ de volumes organiques qui semblent se déployer dans l’espace. Wei Nan transpose ces phénomènes en plis, arêtes, creux et courbes, faisant coexister la souplesse suggérée par la forme avec la densité acquise par l’accumulation des couches de laque. La profondeur et l’éclat de l’urushi accentuent ces reliefs et modifient la perception de l’œuvre selon la lumière et le point de vue.
Cette recherche repose sur une relation étroite entre le geste, le matériau et le temps. La surface conserve la trace des tensions exercées sur le cuir et du lent processus de construction de l’œuvre. Wei Nan décrit elle-même sa pratique comme une manière d’entrer en relation avec le monde et de transmettre, à travers ses sculptures, une énergie contenue. Ses formes se construisent ainsi progressivement, couche après couche, jusqu’à atteindre un équilibre entre mouvement et stabilité.
Le travail de Wei Nan a été distingué à plusieurs reprises au Japon et à l’international. Elle reçoit notamment un Student Award au Japan Crafts Exhibition en 2018, puis un Encouragement Award en 2020. La même année, son travail est sélectionné pour l’International Urushi Exhibition Ishikawa. En 2021, elle reçoit un prix spécial au Cheongju International Craft Competition en Corée du Sud, ainsi que le Grand Prize de l’Art Meets Architecture Competition à Tokyo pour son œuvre Power of Flower.
Ses œuvres ont été présentées dans plusieurs manifestations internationales, notamment à Collect au Royaume-Uni, Fine Art Asia à Hong Kong et Kōgei Art Fair Kanazawa. En 2024, son travail est présenté à Paris par la Galerie Mingei dans l’exposition URUSHI, Contemporary Lacquers from Japan. Une de ses œuvres a par ailleurs rejoint les collections du Victoria and Albert Museum de Londres.
En 2026, Wei Nan a été finaliste du LOEWE Craft Prize.